| Récit Valérie 2009 |
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| Écrit par Administrator | |||
| Jeudi, 06 Mai 2010 07:37 | |||
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Le GRP une troisième fois : pourquoi ? (par Valérie finisher des deux premières éditions du GRP, récit écrit en mars 2010) Parce qu’avec la Diagonale des Fous, le Grand raid des Pyrénées reste mon plus beau souvenir, la course qui m’a le plus marqué. Sûrement parce que la première édition a été une galère énorme et qu’il a fallu aller plus loin que « au bout de ses forces »,il a fallu aller au-delà de soi-même, physiquement et moralement. Par souci de balisage , le Grand raid était devenu, malgré lui, le très très long raid ! Et cette image de plusieurs files de frontales dans la montagne, qui en haut d’un sommet, qui au milieu d’une autre pente, qui descendant d’un autre versant, allant et venant sans savoir où, reste une vision de nuit extraordinaire. Et quand la ligne franchie, qui d’ailleurs n’existait pas lors de cette première édition, on se rend compte de tous ceux qui ont pris le départ et n’ont pas terminé, on a comme une impression d’avoir vécu un truc bizarre, un truc de fous, et qu’on a erré quelques heures, quelques jours, dans un autre monde. De cet autre monde, on a pris quelque chose : un sentiment de fierté et de plénitude d’avoir mené…nos jambes, pieds, et corps entier, jusqu’au bout. Et c’est un sentiment très intérieur, très personnel. En rencontrant tant d’autres trailers sur quelques kilomètres de sentiers, on s’est rencontré un peu plus soi-même… Alors, revenir une deuxième fois, je savais ce que ça impliquait : un engagement physique énorme compte tenu de la longueur et de la technicité du parcours, mais en contre-partie, des merveilles de paysages, des rencontres au détour de quelques caillasses, et retrouver la gentillesse, l’humanité et l’humilité de l’équipe des organisateurs et bénévoles. Ce sera un sans faute pour ces derniers lors de cette deuxième édition. S’ils ont su tenir compte de toutes les critiques (et il y en a eu) et organiser un ultra comme des pros, ils ont su surtout garder leur dimension humaine et chaleureuse. Revenir une deuxième fois, c’était aussi saluer leur courage et leur ténacité pour avoir mis en place une course de cette envergure dans les Pyrénées, et l’avoir reconduite malgré toutes les difficultés. La première année, chacun avait souffert à sa manière. La deuxième édition, la grosse difficulté sera : lutter avec les conditions météo. Autant, la première année, les nuits avaient été étoilées, la montée dans le Cabaliros difficile car en pleine chaleur (pour moi, à l’heure où j’y suis passé), autant la deuxième année a été nébuleuse, noyée dans le brouillard et ruisselante de pluie ! Des souvenirs, j’en ai plein la tête, comme des flash ! La première année : -des heures de « jardinage » pour une course d’orientation improvisée quelques heures à peine après le départ. Merci encore à celui qui avait une carte, cet autre une boussole, cet autre encore un téléphone pour joindre le PC et qui ont pu nous remettre sur le droit sentier !! -La montée dans le Cabaliros, cuisante sous un soleil de plomb et en manque d’eau avant Turon de Bene ; j’y encourage Cédric, un ami podo à qui j’ai souvent pris la tête avec mes pieds et qui rend les armes en même temps que son dernier repas à la cabane de Turon de Bene -L’infernale arrivée sur Villelongue ; Je sais déjà depuis un moment que je suis limite dans les barrière horaires, on est un groupe à se suivre depuis turon de bene et on s’arrache dans la descente parce que malgré tout le temps qu’on a passé perdus, la fatigue et la nouvelle nuit qui arrive, on veut continuer, finir, ne pas s’arrêter avant la ligne… Et on voit ce village, de l’autre côté de la grand route, et plus on avance, plus il semble s’éloigner ; le meilleur reste la descente le long de la conduite ; je crois que beaucoup ont pensé très fort au responsable du tracé !!!! Et lorsqu’enfin, je franchis la porte de la base vie, un responsable m’annonce : « Hors délai, il faut rendre le dossard » comme ça, sans prévenir, sans amortir… J’ai 15 minutes de retard sur la porte horaire !!!!!! J’en pleure de rage et d’épuisement, d’avoir donné des forces que je ne croyais plus là et qui n’ont servi à rien… j’insiste, je veux repartir, un autre coureur, Bertrand est dans ce cas ; quelque uns arrivés quelques minutes avant ont rendu le dossard… Alors, Pascal mon mari, trailer aussi mais en « congé trail » parce qu’ayant fait la traversée intégrale des Pyrénées 3 semaines plus tôt qui me suit de point en point avec nos 2 enfants tente de persuader lui aussi le responsable de me laisser repartir. Le ton monte, il ne veut rien entendre ; c’est finalement une dame qui s’approche et prend sur elle la responsabilité de me laisser repartir ; par contre, pas le temps de me reposer, de me changer, ni refaire le sac, à peine celui de se restaurer sommairement ; je pars avec 3 nouilles encore à mastiquer… Envolés mes espoirs de pause avant la longue nuit mais le visage de cette dame qui me sourit et m’encourage, je l’ai déjà gravé ; elle sera une des seules personnes à être présente à l’arrivée, lorsqu ‘enfin je terminerai avec Jean et Gérard ; et je n’aurais aucun mal à la reconnaître, elle non plus ; nous savons toutes les deux que si je suis là, c’est un peu grâce à elle…J’embarque Bertrand dans la galère, et au détour du 1° virage en repartant on raccroche Jean et Gérard. On passera la nuit et la journée suivante ensemble ou à quelques mètres les uns des autres, sauf Bertrand qui n’aura pas le courage de continuer à lutter contre le sommeil après l’arrêt à Hautacam. -La nuit dans la montagne, tous les endroits sont bons pour dormir, j’en ai fait l’expérience Dans la montée vers Hautacam avec Bertrand dès qu’on peut s’affaler sur le bas-côté du chemin, l’arrière du camion au ravito, les pentes du col de Bareilles en attendant que tout le groupe suive -Et ce besoin de sommeil est vraiment difficile à gérer : je dois lutter il m’arrive d’avancer en dormant et je sais que bientôt les hallucinations vont se manifester ; alors, quand j’arrive sur la Mongie, je crois avoir la première : j’aperçois de loin le camping-car, il me semble voir Pascal dehors avec les enfants et pourtant il est 7 heures du mat, il n’était pas prévu qu’il soit là et à cette heure-ci, les enfants doivent dormir; et puis l’instant d’après, je ne vois plus personne, je distingue moins bien le camionet me persuade que ce n’est pas la réalité… Et pourtant ils sont bien là à m’attendre pour m’encourager avant que je parte pour le dernier morceau -Le dernier « mur » de descente, après la clôture, qui finit d’exploser ce qui reste de muscles non endoloris dans les cuisses -Il manquera à l’arrivée outre le public, le « truc » qu’on est fier de porter parce qu’on a fini ce tour : un bout de tissu, n’importe quoi mais un « souvenir » ; Ce maillot de finisher, c’est le facteur qui me le portera, avec une coupe (je suis 3° (et dernière) féminine !!!Compte-tenu des abandons…ça s’explique !)et un mot sympa ; Ca marque aussi… La deuxième année, tous les paysages, je les reconnaîtrais ou plutôt je les devinerais, même si on tourne dans l’autre sens et qu’il y a quelques variantes ; une reco de quatre jours mi juillet avec Pascal qui cette année là est de la partie (je crois qu’il aurait bien aimé être à ma place la première année) m’avait permis de me rendre compte que moi qui ait un sens de l’orientation complètement déboussolé… j’avais bien mémorisé tous les endroits par lesquels j’étais passé ; tous sauf un : le tronçon Cauterets/Col de Riou. Rien ! Je devais être en pilotage automatique… Sauf que pour la deuxième édition, ce qui prend le plus de place, c’est le mauvais temps ; le brouillard acceptera malgré tout de nous laisser apercevoir le Pic du midi et quelques passages dans le Bastanet, moments somptueux ; il s’associera ensuite à la pluie pour rendre la montée et la redescente du Cabaliros infernale… Je suis encore avec Cédric dans cette partie la deuxième année ; cette fois il ira au bout. Je retrouve aussi Bertrand, Gérard et je rencontre quelques autres avec qui on trace un bout de sentier Je revois aussi des bénévoles, qui reconnaissent les visages malgré les buffs, j’en rencontre de nouveaux comme Ronan qui encourage en même temps son frère, Arnaud, vainqueur de l’édition 2008 .Et bien sûr, je retrouve celle qui m’avait permis de continuer ; elle est encore à Villelongue… On échange avec Pascal par téléphone pour se rassurer et savoir où en est l’autre ; la famille suit à la maison sur internet ; mais les conditions météo font qu’on a quand même l’impression d’être bien isolé… En pleine nuit dans le Cabaliros, j’en arriverai même à penser : « Mais qu’est-ce que je fais là ?????????? » ; des rumeurs circulent que les trailers sont arrêtés à Villelongue parce que un est tombé dans la montée ; je pense à Pascal, devant pas en forme, aux enfants….Et je continue d’avancer…. Et je finirai après une autre nuit dans le col de Riou où je dormirai en marchant quand la conversation s’essouffle avec celui qui trace un bout de chemin avec moi à ce moment là ;et le passage minéral par Aigues Cluses sous le soleil, comme la montée dans le sévère col de la Mongie avant d’attaquer le retour sur le lac, la dernière descente, à fond, on se demande comment !!!! ; pour une arrivée à la tombée de la nuit, avec couloir, lignes, lumières et spectateurs qui encouragent pour les derniers mètres, dont Pascal, arrivé quelques heures plus tôt. Et puis, la ligne franchie, les quelques mètres pour aller jusqu’au ravito sont difficiles, les forces semblent définitivement épuisées, le tonus moral qui nous a tenus jusque là s’estompe, et on se sent…bizarre, fatigué, lessivé… En fait, je crois qu’on l’est vraiment !!! Mais le lendemain, sur la place du village, on revoit ces visages qu’on a pu croiser à un moment ou à un autre, bon, pas ceux qui sont trop loin devant, mais on se retrouve malgré tout de façon implicite dans le « J’ai fini » ! Forcément, après tout ça, le GRP une troisième fois, pourquoi ? Difficile d’être précis, c’est dans le cœur ! Et pourtant, côté préparation, on n’est pas dans les meilleures conditions ; parce qu’on n’est pas dans la région la plus favorable à une prépa de course avec dénivelé. Si l’Entre Deux Mers est connu pour ses vins, il ne brille pas par ses sommets ; alors, le dénivelé, on le fait en répétant 10 fois une petite côte pas loin de chez nous sur un cycle ; suivi d’un cycle avec une côte plus grande, répétée plusieurs fois aussi ; en résumé : 3 sorties d’une heure par semaine : une en seuil, une en répétition côte, une pour faire tourner les jambes ; et le week-end, selon possibilités : au pire, 2 heures sur route, au mieux 2-3 heures avec le club des Barjots sur sentier dans la campagne girondine. Et dès qu’on peut, week-end à la montagne avec les enfants où on en profite pour skier ou se balader avec eux et leur faire découvrir les Pyrénées, tout en s’offrant une petite sortie de 2/3 heures. Et c’est bien pour ces moments-là, qui rappellent tant les efforts, paysages et sensations de course qu’on accepte de « suer » sur le biutme le reste du temps ; parce qu’on sait aussi, que malgré tout, avec l’entraînement, l’habitude de la longue distance et le foncier qu’on entretient toute l’année, on peut « s’offrir » une course comme le GRP… Et ça n’a pas de prix !!!
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